Entretien avec Béatrice Vessiller vice-présidente en charge de l'urbanisme au Grand Lyon

15 oct. 2020

Béatrice Vessiller a rejoint le Grand Lyon en qualité de vice-présidente en charge de l'urbanisme après 14 ans à l'ENTPE. Entre 2 coups de pédales, elle partage avec nous les temps forts qu'elle a vécus à l'ENTPE.

 

ENTPE : Peux-tu revenir sur tes débuts à l’ENTPE ?

Béatrice Vessiller : Après 3 années à la Direction régionale de l'équipement (DRE) Rhône-Alpes, j’ai rejoint la Direction de la formation initiale de l’ENTPE fin août 2006, il y a tout juste 14 ans.

 

Jean Chaudonneret, alors directeur des études, m’a confié un poste à double dimension : suivi de la scolarité et pilotage d’une activité pédagogique.

 

Avec une équipe de 2 personnes, j’étais en charge de la coordination de la scolarité avec les préparations de jurys, l’élaboration et le suivi des emplois du temps, la gestion des absences… ainsi que du pilotage de projets transversaux : le PATI - Projet d’aménagement d’un territoire et d’infrastructures - des 2e année (aujourd’hui PAST - Projet d'aménagement au service des territoires) et le PIC – Projet d’innovation au choix – que j’ai mis en place pour les étudiants de 1re année.

 

J’ai pu faire évoluer le PATI vers une approche élargie aux différentes problématiques de l’aménagement (et pas seulement des infrastructures). Ce projet met les étudiants en situation professionnalisante en tant que futurs ingénieurs, ils travaillent sur une commande en relation avec les collectivités, les élus, les services.

Les territoires d’étude changent tous les 2 ans, le choix se fait en collaboration avec des chargés de mission de l’agence d’urbanisme de l´aire métropolitaine lyonnaise, investis dans l’équipe d’enseignants, qui comprend aussi de nombreux professionnels, ingénieurs, consultants en management de projet ou encore l’association Robins des Villes, très axée sur l’approche citoyenne

 

En interne, le PATI mobilise de nombreux collègues, pour les soutenances des projets des étudiants, il a aidé à renforcer les liens avec les départements et les responsables pédagogiques.

 

Quant au PIC, il a permis d’introduire la notion de Design thinking dans la formation, méthode intéressante pour réfléchir aux besoins des habitants, des usagers, avant de proposer des solutions.

 

ENTPE : Ton meilleur souvenir à l'Ecole ?

BV : Sans doute, en 2015, l’accueil de la COP 21 en France et les événements organisés à l’Ecole !

 

On ne pouvait pas passer à côté de cette occasion, et j’ai pris en charge le pilotage des actions de l’école dans le cadre de cet événement.

 

Nous avons accueilli différentes personnalités et organisations dans le cadre d’un cycle de conférences : climatologue, militants associatifs, WWF, les Amis de la terre, hauts fonctionnaires du Ministère de la transition écologique…

Des chercheurs de l’école sont également intervenus auprès des étudiants pour expliquer en quoi leurs recherches contribuent à la lutte contre le changement climatique.

 

Puis, en lien avec le PATI, j’ai accompagné 40 étudiants (1A et 2A) à la Conference Of Youth (COY) à Paris, événement qui précède la COP et qui rassemble des jeunes de nombreux pays investis dans les problématiques climatiques pour apprendre, débattre et passer à l’action sur le climat.

 

Dans ce contexte, pendant la COP, notre Ministère de tutelle nous a accueillis sur son espace dédié pour faire part de la prise en compte de la lutte contre le changement climatique dans les projets étudiants.

Ségolène Royal, alors Ministre de l’environnement, de l’énergie et de la mer, chargée des relations internationales sur le climat, avait réuni toutes les écoles et établissements du Ministère et Hélène Jacquot-Guimbal, alors présidente du Conseil d’administration de l’ENTPE a pu présenter les actions de l’école. Enfin, nous avons pu assister à la conférence de clôture de la COY avec Nicolas Hulot. Il avait conquis les jeunes, et notamment nos étudiants !

 

ENTPE : Quid de la réforme des enseignements ?

BV : A l’automne 2017, après plus de 2 années de réflexion sur l’approche par compétences au sein de l’Ecole, pour définir notre référentiel de compétences, il fallait le traduire dans un nouveau programme de formation, la réforme de la formation d’ingénieur de l’ENTPE a commencé et j’ai accepté le poste de chef de projet.

 

Cette réforme a demandé une forte mobilisation des départements et enseignants internes volontaires, ainsi que des étudiants (délégués ou autres). On sentait un réel intérêt mais une grande inquiétude sur le changement que cela allait impliquer, (moins de face à face pédagogique "classique" et plus de projets complexes…) ainsi que des interrogations sur la pertinence de la démarche, notamment au regard des moyens nécessaires pour évaluer les compétences de chaque étudiant.

 

C’est grâce au portage en interne fort à la DFI, par Catherine Prudhomme-Deblanc, à l’adhésion des étudiants, au soutien du conseil d’administration et du comité d’orientation, composé de partenaires de l’école et animés par Jean-Baptiste Lesort, que nous avons pu construire un projet solide. Le monde professionnel (transport, ingénierie, fédération des travaux publics, collectivités, voierie de la métropole, bailleurs sociaux, services de l’état, ministère...) a apporté un autre regard et a participé à cette réforme en contribuant à la définition des qualités d’un ingénieur. Qualités et compétences dont l’ingénieur doit être doté pour faire face aux défis sociétaux, environnementaux et individuels.

Dans ces espaces d’échanges a été soulignée l’importance d’avoir des ingénieurs qui savent gérer la complexité, se repérer et agir dans un monde complexe, avec des acteurs nombreux, et des approches croisées.

 

Le déploiement de la 1ère phase de la réforme a été mis en œuvre en 2019-2020.

Aujourd’hui, en 2020-2021, l’approche par compétence se consolide dans le programme de formation, les situations d’apprentissage et d’évaluation (SAE) sont reconduites et améliorées. Nous avons pu tirer des enseignements de la 1re édition et nous réajustons les dispositifs.

 

De nouvelles SAE en 2e et 3e années se développent comme par exemple le portfolio de fin de cursus qui permet aux étudiants de réfléchir sur les compétences qu’ils ont développées tout au long de leur parcours. C’est une démarche qui va les aider dans leur recherche du 1er emploi, un outil qu’ils pourront alimenter tout au long de leur carrière.

 

ENTPE : Et la suite ?

BV : Je quitte l’école à la fin du mois pour un détachement au Grand Lyon en qualité de vice-présidente en charge de l’urbanisme, pour un mandat de 6 ans. C’est un mandat important compte tenu des politiques métropolitaines.

 

Le défi : faire une ville abordable en termes de prix du logement, respirable, apaisée, qui répond aux enjeux du réchauffement climatique, très végétalisée, avec des espaces publics partagés, une ville "à hauteur d’enfants", avec plus d’équipements publics, de parcs, un réseau cyclable lisible et facilement empruntable dans toute la métropole…

 

Lyon est la métropole qui a la température qui a le plus augmenté ces dernières années, et il est essentiel de réduire la mobilité en voiture, pour gagner en qualité de vie et réduire la pollution et les émissions de gaz à effet de serre. C’est un programme chargé qui m’attend mais je reviendrai volontiers à l’ENTPE, et j’accueillerai également avec grand plaisir les étudiants pour leur faire découvrir les actions de la métropole.

 

Aussi, je compte sur les étudiants et les labos pour réfléchir, mettre en œuvre, et répondre aux grands enjeux d’aujourd’hui et de demain dans les territoires !

Source : Service communication ENTPE


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