Carnet de bord du vaisseau amiral ISS ENTerPrisE | Objectif : l'Ile de la Réunion

Published on February 24, 2022

Voyage 974 : « Aux confins de notre galaxie !! »

En novembre de l’année 2021 de notre ère, la mission StarITPEtrek a littéralement pulvérisé tous ses records de distance parcourue établis au cours de ses 22 premiers voyages. A près de 9.500 unités de distance (années lumières ?) de la constellation métropolitaine, la mission s’est posée sur la planète FR 974 - Réunion.

L’équipage est allé à la rencontre de la colonie d’une soixantaine d’Ingénieurs des TPE qui vivent sur ce qui est le site le plus au Sud de la galaxie France et même de la nébuleuse Europe; un quasi - astéroïde perdu au milieu de l’immensité de l’espace océan indien, siège d’une nature exceptionnelle et d’une des plus importantes activités volcaniques de la galaxie, mais aussi théâtre de réalisations humaines extrêmes…

Bienvenue au paradis des ingénieurs de la transition écologique !!!

Chantier de la Route du Littoral

 

Le piton de la Fournaise en éruption

 

La route des 400 virages

 


« Ingénieur… éleveur... et sylvothérapeute ! » 

Fabrice BOYER

Fabrice BOYER est responsable du secteur Sud du Parc National de la Réunion.

Natif de la Réunion, Fabrice n’imaginait pas devenir un jour Ingénieur des TPE. « Ma vocation initiale était de d’être agriculteur et de travailler au développement de mon territoire. En fait, mes études m’ont orienté dès le début vers l’industrie alimentaire. »

Effectivement, Fabrice obtient en 1996 un DUT des industries agro-alimentaires et biotechnologies à l’IUT de Montpellier et s’engage résolument dans une carrière en secteur privé. Il devient technicien en recherche et innovation au sein du groupe Pernod - Ricard, puis, de retour sur son île, il intègre Danone Réunion comme opérateur de contrôle qualité.

C’est en 1997 que Fabrice établit un premier contact avec l’administration comme Volontaire à l’Aide Technique à Mayotte pour les ministères de l’Outre-Mer et de l’Agriculture. Rien de vraiment déterminant car il rejoint en 1998 le Groupe Heineken comme opérateur puis chef d’unités de fabrication aux Brasseries de Bourbon, principal producteur de bière et de boissons rafraîchissantes de la Réunion.

Remarqué par l’entreprise, Fabrice intègre les « jeunes talents du Groupe Heineken »; ce qui lui permet de suivre une formation d’Ingénieur des Travaux Agricoles à l’ENITA de Clermont-Ferrand et d’en obtenir le diplôme en 2003. Il progresse au sein des Brasseries Bourbon et devient responsable fabrication Bière. « Un travail passionnant avec une vingtaine de personnes à diriger, un budget de plus de 10 M€ à gérer et une production à maintenir 7 j sur 7 et 24 h sur 24… ».

Cette pression considérable, accrue par des déplacements quotidiens domicile-travail entre le sud et le nord 1 de l’île, devient insupportable lorsqu’en 2006 la route du Littoral, accès essentiel à la préfecture Saint-Denis, est ensevelie sous des tonnes de rochers des falaises en surplomb. Fabrice passe alors des heures matin et soir dans des embouteillages2 interminables… sur les routes d’une île en proie, en plus, à une grave crise sanitaire : le chikungunya. « Pour ma famille et pour moi, j’ai pris la décision du retour à la terre et à ma vocation en devenant éleveur de moutons ; je le suis toujours… mais pas seulement .»

En effet, Fabrice observe avec la plus grande attention la création, en 2007, du Parc National de la Réunion dont le coeur couvre plus de 105.000 hectares, soit 42% de la surface de l’île. Il faut dire que son exploitation jouxte, au Sud de l’île, l’impressionnant site du volcan le Piton de la Fournaise, toujours en activité ! « S’il est une chose pour laquelle j’ai le plus grand respect, c’est le volcan ! L’ensemble du site, notamment la route des Laves, évoque pour moi la naissance du monde. »

Passionné, Fabrice postule immédiatement pour intégrer l’équipe de mise en place du Parc et devient, en 2008, responsable du secteur Sud qui recouvre 10 des 24 communes de l’île. « Je pense que j’ai été choisi grâce à ma connaissance du terrain, à mes capacités en gestion de projet et en management, mais aussi à mon ancrage local exempt de toute connotation politique… De fait, depuis 2008, j’ai participé à toutes les étapes de création et de structuration du Parc et je m’en félicite ! »

Sur son poste actuel, Fabrice enchaîne deux CDD de trois ans avant d’intégrer, la 61ème promotion du corps des ITPE (2016) par la voie du concours professionnel réservé dit de déprécarisation. Mais le thème qu’il développe lors de l’examen oral, à savoir « Amener le génie des sens dans le travail de l’ingénieur », témoigne de son aspiration à développer une activité beaucoup plus personnelle; « L’ingénieur est toujours pensé comme très cartésien; ce qui est insuffisant. Un projet ne doit pas être conçu sur un territoire ou un site sans comprendre, ressentir et intégrer leur nature profonde, leur histoire… bref les génies des lieux. Ainsi, l’environnement n’est jamais une contrainte ! »

Depuis 2020, pour « développer un accompagnement des êtres et des personnes via la nature », Fabrice a ajouté la sylvothérapie à son panel d’activités. « Etre dans une forêt ou à proximité d'arbres a un effet bénéfique pour le bien-être et la santé, qualité que devrait avoir aussi les projets conçus par les ingénieurs… »

La mission StarITPEtrek s’enorgueillit d’avoir rencontré des espèces particulièrement rares parmi les ingénieurs des TPE comme par exemple un trufficulteur en Charente et désormais un éleveur - sylvothérapeute à la Réunion !
Notre commandant de bord qui est un fan éternel du capitaine Haddock attend avec impatience de futures rencontres avec des ITPE flibustiers, hurluberlus, jocrisses… voire bachis-bouzouks, cercopithèques ou ectoplasmes à roulettes, mais il craint qu’il ne s’agisse d’espèces irrémédiablement disparues !

___________________
1 Certains feront évidemment remarquer, à juste titre mais un peu facilement, que la pression chez Heineken c’est dans la nature de l’entreprise !!
2 Oui, oui, … chez Heineken on connait aussi les embouteillages…


Michel HOAREAU

« Cyclones tropicaux… et viabilité hivernale ! »

Michel HOAREAU est adjoint au chef du service Habitat et Logement Social (SHLS) de la Direction de l’Environnement , de l’Aménagement et du Logement (DEAL).

Dire que Michel est originaire de la Réunion (Saint-Denis) relève quasiment du pléonasme tant son nom est attaché historiquement à l’île ! . Dès lors, il n’est pas surprenant que Michel, très attaché à son territoire, ait construit 3 une carrière d’ITPE très réunionnaise… mais pas que !

Ingénieur divisionnaire des TPE, Michel appartient à la 31ème promotion de l’ENTPE (1986) avec voie d’approfondissement « Infrastructures et transports ». Ainsi, le décor est planté : le domaine de Michel c’est la route. « Si j’ai choisi l’ENTPE, c’est aussi avec la perspective d’un retour sur l’île. » 

La carrière de Michel débute en métropole, toujours au pied de volcans (mais moins actifs ceux-là…), à la DDE du Cantal. Il y dirige un bureau d’études routières puis la Subdivision Études et Travaux Neufs Sud à l’Arrondissement Grands Travaux A75.

« La mise en service définitive de l’A75 est incontestablement un moment très fort de mon parcours professionnel. »

C’est en 1990 que Michel peut revenir sur ses terres réunionnaises. Au sein de la DDE, il est responsable successivement de la Mission du Foncier, des subdivisions territoriales de Saint-Louis (1992) puis de Saint-Paul (1993), et de l’unité Infrastructures Routières à l’Agence Ouest (1997). « Le travail en subdivision est de loin le plus passionnant que j’ai connu. Nous avions
d’importants travaux routiers à réaliser comme la sécurisation de la falaise qui surplombe la RN1 entre Saint-Gilles et Saint-Paul et ses 30.000 véhicules par jour ! »

C’est aussi l’occasion pour Michel de se confronter aux divers aspects de la gestion de crise. « Par exemple, j’ai été séquestré dans mon bureau par des habitants de Saint-Paul qui réclamaient l’installation d’un arrêt de bus alors que cela dépendait exclusivement de la Mairie… » Des situations quelquefois particulièrement délicates comme en février 1994 avec le passage sur l’île du cyclone tropical de catégorie 3 Hollanda et ses vents de plus de 200 km/h. « Malgré les interdictions totales de circulation, notre sous-préfet voulait à tout prix faire passer des véhicules de secours avec l’appui du personnel de la subdivision. Au nom de la sécurité de mes agents, je m’y suis opposé et ce ne fut pas un épisode facile à gérer… »

En 1999, face au transfert de la totalité des routes de l’île aux collectivités territoriales et les mutations profondes des services de l’Etat, Michel décide de son retour en métropole. Titulaire d’une double nationalité française et suisse, il intègre naturellement les services de la DDE (puis DDT) de l’Ain (01) et toujours fidèle à la route, il devient subdivisionnaire de Gex, puis responsable de l’unité Sécurité et Circulation Routières et Coordinateur Sécurité Routière en 2006. «J’ai découvert les routes enneigées du Col de la Faucille et les joies de la viabilité hivernale ! Une ambiance de travail excellente mais interrompue à nouveau par le transfert des routes au Département en 2007… »

Dans ces conditions, il est compréhensible que le lien avec le territoire reprenne le pas. Michel est de retour à la Réunion en 2012 comme responsable de l’Antenne Est de la DEAL puis depuis 2019 sur son poste actuel après avoir été promu en 2016 IDTPE. «L’essentiel de notre activité consiste dans l’instruction des dossiers de financement de l’Habitat Social avec un effectif du service d’une trentaine d’agents. J’espère pouvoir prendre à l’avenir la responsabilité d’un service. Malgré tout, je regrette l’abandon du domaine routier. »

Dans l’espace sillonné par la mission StarITPEtrek, le corps préfectoral n’est heureusement pas encore présent et ne le sera sans doute pas avant l’achèvement de nos pérégrinations. L’exemple de Michel illustre parfaitement l’obligation pour l'ingénieur de se sentir responsable des agents qu’il encadre quitte à s’opposer à sa hiérarchie lorsque leur sécurité et leur intégrité sont menacées. La grande ombre protectrice du baobab, somme toute !!

_______________________________________________________________________________________

La sécurisation de la RN1 au Cap Lahoussaye : un chantier difficile qui consistait à mettre en place un
écran dynamique sur la falaise pour protéger la route des chutes de pierres. La direction du travail a
fait arrêter le chantier parce qu'elle estimait que les ouvriers étaient en danger. J'ai envoyé au Préfet
un projet d'arrêté pour fermer la route définitivement parce que les usagers étaient aussi en danger. Après
une réunion sur place avec la préfecture, la direction du travail et la DDE, le chantier a pu reprendre et être
mené à son terme.……………………………….…………………………………………… par Michel HOAREAU

_______________________________________________________________________________________

___________________
3 La présence des Hoarau (ou Hoareau) est attestée à la Réunion (Isle Bourbon) depuis le 9 juillet 1665. Ce jour-là, le navire Le Taureau (capitaine Hervé de Kersaint-
Gilly, Seigneur de Kergadiou), de la première flotte de la Compagnie des Indes Orientales fraîchement créée par Louis XIV, débarqua dans la "baie du meilleur
ancrage", à Saint-Paul, les premiers colons parmi lesquels René Hoarau (Wikipédia).


« Mon métier… c’est porteur de projets ! »

Philippe GRAMMONT

Philippe GRAMMONT est directeur de la Direction de l’Environnement , de l’Aménagement et du Logement (DEAL).

Philippe est natif de Limoges (87); ce qui lui donne, il faut bien le reconnaître, un avantage considérable dès l’origine ! Ingénieur des Ponts des Eaux et des Forêts (IPEF) depuis 2007, sa formation initiale est celle d’un Ingénieur des TPE de la 31e promotion (1986). « Au terme de ma prépa, j’ai choisi l’ENTPE à cause du large éventail des domaines proposés, de la possibilité d’en changer en cours de carrière et de l’acquisition d’une autonomie financière dès l’école. Et je n’ai jamais regretté mon choix ! »

L’ENTPE contribue également à satisfaire la soif de Philippe pour les voyages et la découverte. Il réalise un travail de fin d’études sur la dépollution des eaux du Gange et séjournera 8 fois en Inde mais aussi en Chine, en Amérique du Sud et en Afrique. Sa carrière professionnelle débute à Abidjan comme volontaire à l’aide technique (VAT) en atelier d’urbanisme.

En 1989, Philippe revient à ses racines limousines et intègre la DDE 87 comme responsable de l’atelier d’urbanisme puis en 1991 comme chef de la cellule constructions publiques (CP). < NDLR : C’est, à peu de choses près, un début de parcours identique à celui de notre commandant de bord une dizaine d’année auparavant ! > « En CP, j’ai vécu une expérience  exceptionnelle de porteur de projets de construction dans tous les domaines publics (éducation, santé, intérieur, justice, etc…) avec des interlocuteurs décideurs; une
incitation enthousiasmante et déterminante à progresser dans ma carrière. »

Pour progresser, à cette époque, la voie royale passe par une subdivision territoriale polyvalente et la plus musclée possible… Philippe opte en 1995 pour celle de Dijon en DDE de Côte d’Or (21). « Un de mes postes les plus passionnants mais pas forcément de tout repos… J’étais arrivé depuis quelques mois quand se sont déclenchés, fin 1995, les grands mouvements sociaux, contre le plan Juppé sur les retraites et la Sécurité sociale. En janvier, la météo annonce un important épisode neigeux alors que la quasi-totalité de la subdivision est à l’arrêt. Pour assurer la viabilité hivernale, notamment sur la rocade de Dijon, j’ai dû porter un ordre de réquisition aux chefs d’équipes en mains propres chez eux. Dans un quartier difficile, j’ai retrouvé ma voiture en stationnement sur le toit ! Et au final la neige annoncée n’est pas tombée… »

Promu ingénieur divisionnaire, Philippe engage, en 1999, un long épisode dans le Sud-Ouest et particulièrement à Toulouse. « C’est l’endroit où j’avais le plus envie de vivre ! » Il dirige l’antenne toulousaine du CETE du Sud-ouest avec notamment en portefeuille tous les importants projets de l’agglomération dans les domaines des déplacements et de la mobilité. « Un véritable défi passionnant pour moi car il m’a fallu monter très vite mon niveau en expertise. »

Après un poste de chef de service Urbanisme et Aménagement en DDE de Haute-Garonne (31), le parcours de Philippe lui vaut d’être promu IPEF par liste d’aptitude en 2007. « Le champ des possibilités s’est ouvert encore un peu plus largement et, à ce moment, je me suis dit que l’avenir était en Région. ». Il devient directeur adjoint de la DRE (puis en 2009 de la DREAL) Midi-Pyrénées. « La création des DREAL a représenté pour moi une étape très porteuse de sens avec un mélange fertilisant de 3 cultures différentes : Equipement, Environnement et Industrie. A l’inverse du regroupement des Régions opéré en 2015… » 

Philippe quitte donc le niveau régional et devient, fin 2015, directeur de la DDT du Lot (46). « C’est un département très attachant avec la qualité de vie à la campagne. J’y ai vécu un excellent moment professionnel avec, en particulier, la découverte du monde agricole et du domaine de l’eau.» En 2020, les directions départementales interministérielles sont impactées par la création des Secrétariats Généraux Communs. Philippe regarde à nouveau ailleurs. « J’avais envie d’être encore au charbon aussi proche du terrain et de la réalité que possible.»

Ce sera en définitive l’île de la Réunion et sa DEAL : « C’est passionnant et très prenant, un peu comme une DDT mais avec en plus des missions d’une direction régionale… et avec encore d’autres choses encore en plus comme, par exemple, la programmation pluriannuelle de l’énergie. Pour l’anecdote, à mon arrivée, à cause de la COVID 19, j’ai été immédiatement placé en quarantaine pour 14 jours pendant lesquels j’ai e-dirigé le service sans vraiment le connaître depuis une chambre d’hôtel…»

« Je suis ingénieur et je m’attache à toujours à maintenir un versant technique à mon travail. C’est un appui qui m’est indispensable pour la bonne compréhension des phénomènes. »

Rencontrer un spécimen d’ITPE de pur label Limousin dans l’extrême Sud, voilà de quoi ravir le commandant de bord de notre mission StarITPEtrek, d’autant qu’en début de carrière nos deux voyageurs ont occupé le même poste sur la même planète.
Lorsque Philippe a évoqué son affinité pour le théâtre, l’improvisation et notamment l’activité d’acteur clown, certains ont même cru bon de persifler sur une correspondance quasi-parfaite… Mais leurs moulins à sarcasmes se sont enrayés lorsque Philippe a ajouté : « J’y trouve un excellent équilibre car le clown est en quelque sorte l’inverse de l’ingénieur, il réussit quand il rate ! » 
Pas étonnant, Philippe, que tu t'épanouisse sur l’île de la Réunion… avec ses trois immenses cirques : Cilaos, Salazie et Mafate !


« Un monde à part … ! »

Benoît LUCIDOR

Benoît LUCIDOR est directeur des ressources humaines et adjoint à la directrice des affaires administratives et financières des Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF).

Si Benoît est né à Evreux (27) dans une famille de fonctionnaires, ses racines se sont plantées très tôt en région Provence-Alpes-Côte-d’Azur, à Orange puis en prépa à Marseille, et en fac de sciences à Avignon. « Bien que de formation scientifique, je ne voulais pas abandonner complètement les volets littéraires et le rythme de la Fac ne me convenait pas. J’ai intégré l’Equipement par la voie du concours externe de Technicien Supérieur et par la formation de l’ENTE de Montpellier en 1991. »

En première affectation, Benoît opte pour la DDE des Alpes-de-Haute-Provence (04) comme instructeur des dossiers de l’Agence nationale pour l’Amélioration de l’Habitat (ANAH). « Seul instructeur du service, je pouvais partager mon temps entre bureau et chantier; ce qui donnait un réel intérêt au poste. Mais j’ai eu tout de suite l’objectif de passer le concours d’ITPE. »

C’est chose faite avec succès en 1995 où Benoît intègre la 44e promotion de l’ENTPE avant d’engager une carrière d’ingénieur partagée entre la région PACA et l’Outre-Mer. Elle débute par un retour en DDE 04 au poste de chef du bureau d’études Collectivités Locales. « Une première expérience de management formatrice car avec des techniciens très expérimentés… mais aussi enrichissante par la coordination d’action avec les subdivisions territoriales sur l’ingénierie publique et la stratégie. Au final, ma famille et moi avons été séduits par les Alpes-de-Haute-Provence ! »

Entre temps, Benoît a découvert l’île de la Réunion lors de son voyage de noces. Il y rejoint en 2002 la Direction Régionale de l’Environnement (DIREN) comme chargé de mission sur les Politiques Déchets et Energie. « La période était très active avec la mise en oeuvre des différents plans de gestion des déchets ménagers et  industriels. En charge de la gestion des Fonds européens j’étais très choyé par les collectivités territoriales. » Mais, en 2006, l’île est frappée par la crise sanitaire du
chikungunya (près de 40% de la population contaminée)« Mon épouse attendait notre 3e enfant et nous avons fait le choix de la sécurité et donc du retour en Métropole. »

Benoît prend le poste de chef de l’unité Circulation et Sécurité Routière à la DDE du Vaucluse (84). « A l’issue du transfert de la gestion du réseau routier au Département et de la création des DIR, notre activité s’est concentrée sur la sécurité routière et la gestion de crise en relation directe avec le Préfet et ses services.»  Mais le virus de l’Outre-Mer est toujours actif… En 2009, il rejoint le Haut Commissariat de la République en Polynésie Française comme chef de la mission Energies renouvelables. «Cela m’a valu de participer à des projets très originaux comme le SWAC (Sea Water Air Conditionning) pour la climatisation de l’hôpital de Tahiti par utilisation de l’eau de mer froide (5°C) pompée à 800m de profondeur. »

Promu divisionnaire, Benoît est de retour à Digne en DDT 04 comme chef du service Urbanisme et Connaissance des Territoires en 2011 puis Secrétaire Général en 2015. « J’ai particulièrement apprécié ce poste passionnant de SG, désormais supprimé par la création des SG Communs des DDI; une réforme dont les conclusions étaient connues avant démarrage des réflexions…» 

« Heureusement, lors de mon passage en DIREN Réunion, un collègue m’avait parlé des TAAF et c’était resté dans un coin de ma tête. J’occupe mon poste actuel depuis septembre 2019 et j’y ai découvert un environnement professionnel passionnant ! »

Il est extrêmement rare que la mission StarITPEtrek, parfaitement renseignée sur l’espace spatio-temporel public, ait à découvrir des mondes complètement inconnus. Pour un équipage en proie à une curiosité congénitale aigüe, le moment relève d’une intense satisfaction. Pour les TAAF, elle dépassa le niveau 6 sur une échelle qui n’en comptait à ce moment là que 5 !! 
Parce que les TAAF c’est :
- Trois territoires séparés par 9000kms : les Iles Eparses (au Sud Est des côtes africaines), les Iles Australes (Crozet, Kerguelen, Saint-Paul et Amsterdam) et la Terre Adélie,
- 2,7 millions de km2 de domaine terrestre et maritime,
- Une des plus grandes aires marines protégées du monde sur 673.000 km2 et près de 4.800 espèces dont 80% marines,
- Une structure hybride avec un statut de Collectivité d’Outre-Mer (COM),
- Mais la seule COM sans aucun habitant ! Elle est donc gérée par un Préfet au nom de l’Etat.
- Un exécutif complet dont le siège est à La Réunion avec un effectif de 230 personnes dont 95 au siège,
- Des missions spécifiques: assurer le ravitaillement des territoires, veiller sur le sanctuaire de biodiversité et soutenir la recherche (En 2020, 3000 tonnes de matériel acheminées, 64 programmes de recherche réalisés et 80000 repas assurés)
- Deux navires de haute mer : un brise-glace L’Astrolabe basé en Tasmanie et le ravitailleur Le Marion Dufresne.
- Un budget autonome de 60 millions d’€ cumulant financement Etat et perception de droits de pêche.
Un monde à part, ou plutôt un univers, à découvrir aux confins de notre espace inter-planétaire administratif…


« Un des derniers dinosaures… de Top Gun à Jurassik Park !! »

Radji ARAYE et Patrick LOISEAU

Patrick LOISEAU est responsable de l’unité Fonctions Régaliennes du Logement de la Direction de l’Economie, de l’Emploi, du Travail et des Solidarités (DEETS) de la Réunion.

Comme la Patrouille de France, Patrick est né à Etampes (91). Sous de tels auspices, le jeune homme se destine à une carrière de pilote de chasse. Il s’engage dans l’Armée de l’Air à 18 ans, déroule MathSup. et MathSpé. chez les Pupilles de l’Air et est sélectionné pour la formation Top Gun. « Une vraie passion ! J’ai eu mon brevet de pilote avant le permis de conduire. Mais j’ai aussi réalisé assez vite que je n’étais pas vraiment fait pour une telle discipline et le corporatisme des pilotes de chasse… »

Dommage pour Kelly Mc Gillis mais notre Tom Cruise décide de replier ses ailes et choisit d’intégrer l’ENTPE par concours externe et de rejoindre la 37e promotion (1992), la bien nommée LOV (Loi d’Orientation pour la Ville) … « L’école me permettait d’acquérir l’autonomie financière et puis avec une spécialisation Urbanisme je pouvais poursuivre sur mon thème favori, la ville et l’aménagement urbain. »

En 1992, Patrick émigre en Ethiopie pour 2 ans de coopération comme chef de projet Rénovation Urbaine à l’Ambassade de France à Addis Abéba. « En fait de rénovation urbaine, l’ambassadeur m’a demandé de créer une filière Master  Urbanisme. Sans expérience ni aucun support, j’ai enseigné l’urbanisme en anglais à des Ethiopiens bien plus âgés que moi ! Je revendique ce service militaire comme un véritable premier poste d’ITPE ! »

A son retour, en 1994, Patrick opte pour un poste de chef de la cellule Urbanisme et Planification au sein de la DDE de la Sarthe (72). « Une très bonne équipe et une
véritable machine à POS, mais dans un contexte difficile de transfert aux collectivités des compétences en urbanisme.» Pour être « un peu plus dans le concret », il rejoint en 1998 la DDE de Seine-Saint-Denis (93) pour diriger l’unité Constructions Publiques Etat. « Un poste riche professionnellement et très structurant pour un jeune ITPE. »

A l’aube du XXIe siècle, Patrick compte bien revenir en Ethiopie mais à l’issue d’un remaniement ministériel le poste de coopérant qu’il doit occuper est retiré le laissant sans affectation. Fortuitement, c'est cet épisode délicat qui est à l’origine de toute la suite de la carrière de Patrick. Il est recruté en 2002 par le DDE de la Réunion pour diriger la subdivision Ouest Exploitation - Travaux Neufs à Saint-Paul. « Une vraie subdivision territoriale avec ingénierie, projets routiers, entretien et exploitation du
réseau, etc.; bref une subdi comme il n’en existait déjà plus en métropole. Pendant 6 ans, j’ai fait figure de dinosaure : un vrai Subdivisionnarius Territorialis Rex !! » Patrick, qui avait été séduit par la Réunion pendant ses vacances, ne l’a pas quitté depuis.

Avec les effets de la décentralisation et de la Réforme de l’Administration Territoriale de l’Etat (RéATE), la subdivision devient, en 2008, agence territoriale de l’arrondissement Ouest. Son effectif passe de 30 à 16 agents. Alors « pour ne pas s’encrouter et s’ouvrir à de nouveaux métiers », Patrick devient, en 2011, responsable Police de l’Eau et Environnement pour les arrondissements Sud et Ouest . « Un travail très technique et intéressant mais dans un contexte rendu difficile par les réformes qui ont exacerbé les ressentiments. A 50 ans, j’ai donc décidé d’une complète reconversion ! »

En 2016, Patrick rejoint les rangs de la Direction de la Jeunesse, des Sports et de la Cohésion Sociale (DJSCS) comme responsable de l’unité Accès et Maintien dans le Logement. En 2021, à l’issue d’une nième réforme, dite OTE (organisation territoriale de l’Etat), la DJSCS a été regroupée avec les services du ministère du Travail et de l’Emploi pour former la Direction de l'Economie, de l'Emploi, du Travail et des Solidarités (DEETS). Patrick devrait ainsi pouvoir prendre la responsabilité d’un
service de 25 personnes en 2022. 

« Nous sommes en quelque sorte le « bras social » du Préfet sur les fonctions régaliennes du logement (Droit Au Logement Opposable, préventions des expulsions, etc.). Je suis donc passé de l’autre côté du miroir, du côté des usagers et des locataires. Nos missions sont très denses dans un contexte social quelquefois lourd. Près de 3.000 logements sociaux sont construits par an sur l’île pour une population très jeune. J’occupe un poste qui nécessite une solide expérience professionnelle et des affinités pour les enjeux sociaux, mais, pour ma part, je ne regrette absolument pas ce choix. »

A l’occasion de sa rencontre avec Patrick, la mission StarITPEtrek fait à nouveau le constat de l’importance de la mobilité fonctionnelle et/ou géographique pour cimenter au fil des années la solidité et les compétences des ITPE.

Pour surmonter les tempêtes des réformes et les accidents de parcours, elle leur permet d’acquérir au fil du temps une épaisseur de cuir qui peut aller du blouson des pilotes de chasse Top Gun jusqu’à l’épaisse carapace d’un Tyrannosaurus Rex !

_______________________________________________________________________________________

Comme beaucoup d’ingénieurs ITPE, j’ai pu conduire une carrière de près de 30 ans en saisissant
des opportunités qui ont façonné ma vie et qui m’ont apporté, à chaque fois, beaucoup de
satisfactions. Voici le message que je souhaiterais passer aux jeunes collègues qui débutent
aujourd’hui dans les services ou au sein d’entreprises :
Nous avons, grâce à notre creuset qu’est l’ENTPE, mille ressources pour trouver notre voie et, en effet,
toujours rebondir vers un poste ou un cadre d’emploi qui nous apportera des nouvelles et grandes
satisfactions. Notre champ d’actions, très large et varié, nous permet de nous positionner sur les enjeux de
notre temps.
J’ai personnellement opté pour le volet social du logement, très iconoclaste a priori, si l’on se réfère à nos
intentions premières lorsque nous choisissons d’être ITPE. Mais, la dimension dite « sociale » des
opérations d’habitat, d’aménagement ou de protection d’un territoire ou patrimoine naturel, occupe une
place de plus en plus prégnante et qu’il nous faut investir.
En ce qui me concerne, après 20 ans d’ingénierie opérationnelle, me voici donc impliqué dans le traitement
de questions d’accès au droit au logement (DALO), d’endettement des familles, de précarité de leurs
ressources ou d’inclusion sociale. Et je contribue toujours à améliorer la vie de nos concitoyens, en facilitant
aussi, indirectement, mais souvent de façon décisive, le travail de mes collègues en charge de la
programmation du logement social au sein des DREAL et DDT. Par exemple, un projet de construction de
logements au sein d’un territoire peut répondre parfaitement aux besoins du territoire, avoir été travaillé sur
le plan intégration architecturale et paysagère, s’inscrire dans un projet de développement urbain plus
global, mais être bloqué en dernier ressort pour des questions purement sociales. Travailler en amont sur
l’accompagnement des ménages qui occuperont ces futurs logements s’avère être, dans la plupart des cas,
un élément essentiel du succès d’une telle opération.…………………………………… par Patrick LOIZEAU

_______________________________________________________________________________________


« Mon objectif : un impact positif pour mon territoire ! »

Radji ARAYE est directeur général de AARHUS Conseil.

Si Radji est originaire de Saint-Denis de la Réunion et a vécu toute sa jeunesse sur l’île, ses racines familiales puisent leur eau aux quatre coins de notre espace inter-planétaire, outre la France, du côté de l’Inde, de la Chine, mais aussi de l’Afrique ! A l’issue de classes préparatoires grenobloises, il intègre la 51e promotion de l’ENTPE (2006) et choisit la voie d’approfondissement Gestion, très probablement annonciatrice de sa récente évolution de carrière. « J’ai opté pour l’ENTPE car
l’école représentait pour moi la meilleure perspective d’épanouissement professionnel, pour pratiquer des disciplines à impact direct sur le territoire et particulièrement Outre-Mer. Elle m’a permis d’acquérir mon autonomie financière mais aussi de développer un double-cursus Sciences Po. J’avais également la ferme intention de devenir Subdivisionnaire mais deux ans après les subdivisions ont disparu ! »

En 2006, Radji connait sa première affectation à la Direction Interdépartementale des Routes Nord-Ouest à Rouen comme responsable du pôle maîtrise d’ouvrage. « Passionnant car je faisais partie de l’équipe de préfiguration de la toute nouvelle DIR. Avec une unité d’une dizaine de personnes, j’assurais essentiellement le dialogue de gestion avec la DGR pour l’entretienexploitation, et la maîtrise d’ouvrage bâtiment en particulier pour la construction des Centres d’Exploitation et d’Intervention (CEI). Une très riche expérience professionnelle… mais aussi syndicale car, sur toute la période, j’étais aussi secrétaire départemental de la section 76 du SNITPECT et porte-parole du cartel FO. »

Mais en 2009, plus tôt qu’il ne l’imaginait, Radji doit rejoindre sa famille, sa mère Anne-Marie, et son père, Julien, touché par des problèmes de santé incurables. En même temps qu’il accompagne la fin de vie de son père, il prend un poste de chargé de mission Urbanisme Durable et Trame Verte au sein de la Direction Régionale de l’Environnement (DIREN) de La Réunion. « Bien sûr, j’avais l’intention de revenir sur l’île mais j’aurais préféré que cela soit dans d’autres circonstances, et après avoir voyagé et acquis un peu plus d'expérience professionnelle et plus diversifiée. »

En 2011, les services du ministère sont regroupés au sein de la DEAL Réunion. A la création de l’Autorité Environnementale, Radji est repositionné sur une fonction de chargé de mission Evaluation Environnementale. Mais toujours attiré par la « subdi », il devient rapidement et pour 6 ans, chef de l’antenne territoriale Sud à Saint-Pierre. « Comptant plus de 300 000 habitants, c’est l’arrondissement le plus austral de France ! Je m’étais fixé comme objectif de rester au moins 5 ans et ce fut facile à tenir avec une équipe de grande qualité, et même si j’ai eu en plus à assumer l’intérim de l’antenne ouest en 2014. »

Entre temps, Radji a encore élargi son éventail de compétences en suivant une formation de responsable de programme immobilier au Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM). La suite éclaire parfaitement ce choix… Promu ingénieur divisionnaire en 2016, il est recruté en détachement par la Société Immobilière du Département de la Réunion (SIDR) comme chargé de mission Développement Durable et Responsabilité Sociétale des Entreprises. « La SIDR, c’est le premier bailleur
social Outre-Mer et la 4ème SEM au niveau national, avec un patrimoine de 26.000 logements. Au sein du Comité de Direction, j’étais en fait un conseil technique du directeur général. »

Par ailleurs, avec le conseil de Georges GOVINDASSAMY (ITPE de la 23e promotion, éternellement la meilleure !), Radji tient toujours d’autres « fers au feu ». Dès août 2015, il fonde AARHUS CONSEIL INVESTISSEMENT, une holding de conseil en gestion de patrimoine, également destinée à financer ses projets d’entrepreneur. Ainsi verront le jour : en association avec son frère, Le CARé Coworking (juillet 2016 - Services aux associations et aux entreprises, et communauté d'entrepreneurs citoyens engagés), SELECTIS Immo (septembre 2016 - Conseil, gestion, location, transaction, évaluation en immobilier), et, en association avec sa compagne Emilie, AUTHENTIC STAY (septembre 2020 - Création de meublé de tourisme, conciergerie et services aux voyageurs, mise en réseau de prestataires de tourisme écoresponsable). « Le fil conducteur est évidemment le développement économique mais surtout le développement durable dans le respect total de notre territoire. » Désormais en disponibilité de l’administration et à la tête d’une quinzaine de collaborateurs, Radji est devenu en janvier 2021 président de la Jeune Chambre Economique Grand Sud de La Réunion.

Référent de l’AITPE à La Réunion, il accueille chaque année des élèves ingénieurs de l’ENTPE (1A et 2A) pour des stages à la découverte des métiers du conseil, des services aux entreprises, de l’immobilier, du bâtiment ou du tourisme. De son parcours, Radji conserve en particulier le sens de l’action publique en direction des QPV et NPNRU, et la capacité à réunir les parties prenantes. Radji aime à échanger et travailler en réseau. « J’ai à coeur de contribuer à initier des coopérations public – privé pour coconstruire des solutions d’émancipation et de développement économique pour les habitants de ces territoires souvent jeunes et pleins de potentialités ». Il répond ainsi volontiers aux sollicitations des collectivités publiques pour partager son expérience, et espère pouvoir contribuer à essaimer dans le cadre des projets NPNRU de La Réunion… et même peut-être à Grenoble, en lien avec son homologue de Cowork In Grenoble !

Radji est décidément un créateur invétéré… La rencontre avec la mission StarITPEtrek a eu lieu en présence d’un éminent membre de la TTJCE (très très jeune chambre économique de la Réunion).
Un petit bonhomme de quelques semaines, fils de Radji et Emilie, et qui est un véritable concentré de ses racines familiales internationales par ses prénoms : Théo Samy Andrès Feimazuo, français aux racines indiennes, espagnoles et chinoises.
Notre équipage est pleinement rassuré car il sait que le petit prince veillera désormais sur son père pour lui garantir de rester toujours entrepreneur engagé et responsable au service du territoire, et de respecter l’adage des anciens : « Nous n’héritons pas la terre de nos ancêtres. Nous l’empruntons à nos enfants ».
Les merveilles naturelles vertigineuses de la planète FR 974 Réunion n’ont d’égal que la convivialité des Ingénieurs des TPE de l’île. L’équipage de la mission StarITPEtrek les salue tous chaleureusement, en particulier Frantz, Xavier, Patrick, Janis, Michel, Stéphanie, Olivier, Radji, Benoît, Philippe et Fabrice, !!

Le commandant de bord du StarITPETrek
Serge Echantillac
Contact : [email protected] - 06 03 86 16 64

Le plan 2022 de vol de la mission StarITPEtrek :
Ajaccio et la Corse du Sud : 2 au 8 mai 2022
Bastia et la Haute Corse : 16 au 22 mai 2022
Guéret et la Creuse : 6 au 12 juin 2022
Périgueux et la Dordogne : 20 au 26 juin 2022
Le plan de vol du second semestre 2022 est en cours de mise au point