Marc Papinutti, retrouvez son interview métier sur le thème : Décarboner les transports

Published on October 18, 2022

Pour la revue Aménagement & Territoires 73, sur le thème de la décarbonation des transports, Marc Papinutti, ingénieur de la promo 1984, alors directeur général des infrastructures, des transports et des mobilités s’est prêté au jeu de notre interview « métier ».

 

A noter, il est actuellement Directeur de cabinet du Ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires

 

Aménagement & Territoires : Pour commencer, pouvez-vous retracer brièvement votre parcours, depuis les bancs de l’ENTPE jusqu’à aujourd’hui.

 

Marc Papinutti : J’ai quasiment toujours travaillé dans les transports : après l’ENTPE, j’ai commencé ma carrière par des études sur les transports. En second poste, j’ai rejoint la direction générale des ports et de la navigation maritime, où je m’occupais de l’informatique et des statistiques de l’économie portuaire. Je me suis ensuite dirigé vers la recherche, dans ce qui est aujourd’hui l’Institut Gustave Eiffel, où j’ai passé 6 ans, avant de rejoindre la région Ile-de-France. Là j’étais l’expert des modèles de trafic urbain, pour 6 ans à nouveau. J’ai ensuite conduit la concertation pour le PDU (Plan de Déplacements Urbains) d’Ile-de-France, j’y ai aussi travaillé sur la voirie. Après cela, j’ai rejoint l’Administration centrale, en tant qu’adjoint au sous-di­recteur des Transports Ferroviaires, puis sous-directeur des Voies Navigables, puis côté Infrastructures (ferroviaires et transports en commun). Ensuite, j’ai été conseiller intermodalité et transport ferroviaire et terrestre au cabinet de Jean-Louis Borloo. Je suis revenu en administration centrale pour être Directeur de l’Administration Centrale en charge des Infrastructures de Transport. J’ai poursuivi chez VNF, où j’ai animé la réorga­nisation et création de l’EPA VNF en fusionnant différents services de l’Etat (les services navigation, certains services des DDTM, etc.), puis j’ai ensuite dirigé pendant 7 ans ce nouvel EPIC VNF. Plus récemment, je suis entré au cabinet d’Élisabeth Borne, lorsqu’elle est devenue ministre. Depuis 2019, je suis directeur général de la Direction Générale des Infrastructures, des Transports et des Mobilités (DGITM).

 

A&T : Dernièrement, le thème de la « planification écologique » a régulièrement été repris lors des débats politiques sur les enjeux environnementaux et leur prise en compte dans les politiques publiques à engager, notamment sur la mobilité. Comment ce thème résonne-t-il avec les projets sur lesquels vous avez pu, ou allez être amené à travailler ?

 

MP : Aujourd’hui, on est capable de se fixer des objectifs à moyen terme, de donner un sens à l’action de l’Etat sur 10-15 ans, au niveau national bien sûr, mais aussi au niveau européen, d’autant plus en cette période de présidence française. On l’observe par exemple dans les objectifs fixés de fin du véhicule thermique, ou dans ceux visant la neutralité carbone. Mais ce qui est plus important à mon sens, c’est le chemin pour arriver à ces objectifs. Nous avons la vision, le point d’arrivée, mais c’est sur la construction du chemin qu’il faut concentrer nos efforts. On le voit bien avec le Grenelle de l’Environnement : dès 2007, on s’était mis d’accord sur une écotaxe sur les poids-lourds, mais celle-ci n’a pas pu être menée à terme, idem pour la taxe Carbone de 2018.

 

Ainsi, l’un des enjeux majeurs, pour que l’on puisse atteindre ces objectifs, c’est de faire comprendre à nos concitoyens que la transition ne peut pas se faire sans eux, ou contre eux. Au contraire, je suis convaincu qu’il y a un apprentissage à faire sur le rôle et la responsabilité individuelle de chacun dans cette transition, à travers des choix individuels qui doivent concourir à atteindre les différents objectifs fixés. Ces choix individuels peuvent être sur le court-terme, mais aussi sur le long-terme, par exemple se passer d’un véhicule person­nel. Mais cela implique en contrepartie que la puissance publique (l’Etat, les collectivités territoriales…) propose des solutions alternatives. Toutes les parties prenantes doivent ainsi être mobilisées et concourir à franchir les différentes étapes du chemin.

 

En ce sens, la transition écologique a besoin, à mon sens, de se baser sur un débat politique autant que sur des considérations techniques. C’est d’autant plus crucial pour deux raisons : d’abord, parce que sur les dernières années, on a poussé pour une décentralisation des compétences aux acteurs régionaux et locaux, qui ont chacun leur mot à dire dans la mise en place de ces transformations, ce qui rend par ailleurs inadaptée l’ancienne manière de réformer à coup de décrets verticaux. Deuxièmement, on observe chez beaucoup d’acteurs, une radicalisation des positions, ce qui renforce la nécessité du dialogue, du débat et de la formation, de la sensibilisation, et ceci à tous les niveaux et chez toutes les parties prenantes, y compris en interne de notre ministère.

 

Ce durcissement des positions s’observe aujourd’hui dans la radicalisation des oppositions à certains projets de réforme, comme l’écotaxe ou la taxe carbone, mais aussi dans le durcissement des demandes pour des réformes plus rapides et plus ambitieuses de la part d’une par­tie de la population, déjà sensibilisée aux enjeux de la transition écologique. Face à ces demandes immédiates, on a aussi besoin de dialogue et de formation parce qu’après 40 ans passés dans l’Administration Centrale, on sait que beaucoup de projets sont inscrits dans le temps long, dépassant l’échelle d’un quinquennat, ce qui est parfois en contradiction avec des attentes citoyennes immédiates. Sans ces efforts de pédagogie, d’information, de sensibilisation et de formation d’une part, mais aussi d’échanges, de discussions, de débats d’autre part, je pense que la planification n’aboutira pas et se heurtera à des résistances toujours plus fortes.

Retrouvez l’interview en annexe.

 

Merci à Laura Papet, promo 2013, pour la réalisation de cette interview.