
LE PORTRAIT DU JEUDI | Laura PAPET ING 2013 Directrice associée chez PMP Strategy
LE PORTRAIT DU JEUDI
« Décarboner les transports »
Nouvel article pour aujourd'hui avec Laura PAPET, diplômée de l'ENTPE en 2013 et actuellement Directrice associée chez PMP Strategy et 2 de ses collègues, Margaux de Chelle, Consultante et Sylvain Daou, doctorant à l'école des Ponts ParisTech qui abrde la question d'une mobilité plus durable
grâce au MaaS : oui, mais comment ?
Le MaaS (Mobility as a Service), traduit parfois par « mobilité servicielle » ou « mobilité intégrée », est un concept récent qui tend à se diffuser dans le paysage de la mobilité en France, mais aussi à l’international. Cet article contribue à mieux expliciter ce concept, en proposant un panorama des implémentations de MaaS à travers le monde, pour ensuite se pencher sur l’analyse de cas pratiques français, ayant notamment pour ambition de décarboner la mobilité. Ces projets français, portés majoritairement par des collectivités, présentent des stades de maturité variés, et rencontrent certains obstacles dans la mise en oeuvre de ces ambitions de décarbonation.
Introduction
Au cours des deux dernières décennies, le développement des technologies de l'information et de la communication et la diffusion d'internet ont profondément impacté le paysage de la mobilité : diffusion d'informations géographiques multimodales, parfois même en temps réel, démocratisation des smartphones, numérisation des processus commerciaux par le biais d’applications mobiles et de sites web. Ces évolutions ont permis l'essor de divers services de mobilité partagée (le covoiturage tel que Blablacar ou encore la location de trottinettes électrique en libre-service tel que proposé par Lime), construits sur un modèle largement digital, qui ont à leur tour conduit à l'émergence du concept de MaaS (Mobility as a Service) comme moyen de combler le fossé entre les divers fournisseurs de services de mobilité publics et privés. La promesse du MaaS pour le voyageur se traduit par un accès unique à une gamme harmonisée d'offres de mobilité présentes sur un territoire afin d’en faciliter la compréhension et l’utilisation. Pour les collectivités, le MaaS peut s’avérer être un outil capable de contribuer à la décarbonation de la mobilité.
Panorama international des implémentations du MaaS et typologie
Quelle forme concrète prend le MaaS à travers le monde ? Chaque pays est caractérisé par des contextes et des défis spécifiques différents, qui façonnent la mobilité et en conséquence la mise en oeuvre du MaaS.
En regardant de plus près l’Europe, les États-Unis, la Chine, le Japon et la Corée du Sud(1), une comparaison selon sept attributs semble décrire un « système MaaS » :
- l’ambition du projet et ses objectifs : réduction des émissions de CO2, accroissement de la portée des transports en commun, etc ;
- les modes/services de mobilité inclus (transports en commun, stationnement, autopartage, covoiturage) ;
- la zone géographique sur laquelle la plateforme est active (France entière ? uniquement mon aire urbaine de résidence ?) ;
- la formule commerciale (abonnement à un package de services de mobilité ou paiement à l’usage "pay-as-you-go") ;
- le modèle économique (piloté par une entreprise privée ou porté par un acteur public),
- le niveau d'intégration des services de mobilité inclus (puis je uniquement effectuer une recherche d’itinéraires, réserver, acheter mes titres et les valider, suivre l’ensemble de mes consommations mobilité sur le mois et les payer en partie avec mon forfait mobilité durable, etc.) ;
- le niveau d’ouverture du MaaS à des écosystèmes plus vastes que la mobilité (accès aux services de loisirs, services financiers, etc.).
Grâce à l’analyse des données récoltées(2) nous proposons une typologie des initiatives MaaS en 6 grandes familles :
● La famille des MaaS « ruraux » regroupe les initiatives ayant vu le jour avec pour objectif spécifique de combler des lacunes en matière de transport dans les zones rurales et/ou afin de promouvoir le tourisme en desservant plus efficacement les destinations éloignées. Ce modèle se répand rapidement au Japon avec par exemple Choisoko et MaaS WILLER ;
● La famille des « super applications » ne cherche pas à se limiter à la fourniture de services de mobilité, mais plutôt à devenir des applications polyvalentes qui fournissent également à leurs utilisateurs des services financiers, de loisirs, etc. par le biais d'un même compte. Citons par exemple Tencent en Chine, Kakao en Corée du Sud, ou encore l’expérimentation Pass Trabool à Lyon ;
● La famille des « plateformes nationales » comprend les MaaS qui permettent aux individus de se déplacer sur l’ensemble du territoire national, et sont généralement mis en oeuvre par un opérateur de transport longue distance, comme SNCF Connect (anciennement Assistant SNCF) en France ou encore NS lab aux Pays-Bas.
● Le modèle « local : intermodal » correspond aux MaaS qui sont développés pour un territoire spécifique, généralement centré autour d’une zone urbaine, dans lequel ils cherchent à amplifier la portée des transports publics en améliorant notamment l'accès à ces derniers sur le premier et le dernier kilomètre, grâce à des services complémentaires (covoiturage, VTC, etc.). Citons par exemple Uber transit à Denver aux Etats-Unis ou encore Pass Pass dans les Hauts-de-France.
● Le modèle « local multimodal » regroupe les MaaS qui sont développés pour un territoire spécifique, généralement centré autour d'une zone urbaine. Il se distingue du modèle « Local : intermodal » par son objectif principal, qui est d'intégrer un large éventail de services de mobilité déjà existants. Parmi les exemples, citons PassMobilité à Strasbourg et Pass’ Mobilités à Grenoble....
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