LE PORTRAIT DU JEUDI | Thibaut LIMON ING 2014 Expert en transition écologique et énergétique dans les transports, innovations et financements à la Région Sud

Published on November 2, 2022

 LE PORTRAIT DU JEUDI  

« Les collectivités territoriales, actrices de la relance économique et des transitions »

 

Nous continuons ce jeudi notre série de témoignages sur la thématique des collectivités territoriales, actrices de la relance économique et des transitions avec Thibaut LIMON, ingénieur diplômé de l'ENTPE en 2014 actuellement Expert en transition écologique et énergétique dans les transports, innovations et financements à la Région Sud.

 

A&T : Bonjour, Thibault, peux-tu te présenter en quelques mots ? Comment es-tu arrivé au sein de la collectivité, au poste que tu occupes ?

Thibaut LIMON : Diplômé fonctionnaire de la 59ème promotion, j’ai réalisé une 4ème année de spécialisation en supply chain à l’école des Ponts en alternance chez Alstom Transport, où j’ai contribué à la mise en place des chaînes d’approvisionnement de plusieurs projets ferroviaires à l’étranger. J’ai ensuite rejoint la sous-direction des études et de la prospective de la Direction Générale des Infrastructures, des Transports et de la Mer (DGITM) en tant que chargé d’études en économie des transports. J’y ai travaillé sur des sujets variés : transition énergétique, évaluation socioéconomique, véhicules connectés, régulation des plateformes numériques, responsabilité sociétale des entreprises (RSE). Après une année de disponibilité durant laquelle nous avons voyagé en vélo de Paris à Katmandou avec ma compagne, j’ai rejoint la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur. J’y occupe le poste d’expert en transition écologique et énergétique dans les transports, innovations et financements, au sein de la Mission prospective de la Direction Générale Transports.

A&T : Quelles sont tes missions actuelles ?

Thibaut En préambule, rappelons que la France s’est engagée à atteindre la neutralité carbone en 2050, la stratégie nationale bas carbone (SNBC) proposant le chemin pour y arriver. Il s’agit d’un défi immense, particulièrement ardu pour le système de transport des biens et des personnes qui repose à 95% sur le pétrole pour faire se mouvoir quelques 38 millions de voitures, 5 millions de camionnettes, 600 000 poids lourds, 100 000 autobus et autocars, sans compter les avions, navires, et trains thermiques. D’ici 30 ans, celui-ci devra s’en passer. Si les mesures de nature technologique seront centrales (nouveaux vecteurs énergétiques bas carbone et motorisations associées), celles de nature comportementale le seront tout autant : dé-mobilité, report modal vers les modes actifs et massifiés.
Mes missions au sein de la Région s’inscrivent dans cet objectif de décarbonation des transports, et sont par certains aspects assez similaires à celles d’un consultant énergie / climat. J’accompagne les directions opérationnelles de la Région en charge des transports par autocars et par trains dans leurs politiques de transition énergétique ; ainsi que certaines collectivités dans le montage d’écosystèmes de mobilité bas carbone ou dans leurs travaux liés au PCAET(1) (volet transport) ou à une ZFE-m (Zone à faibles émissions mobilité). Sur demande, j’apporte un éclairage auprès de (petites) entreprises de transport ou AOM(2) sur leurs choix énergétiques. Je m’occupe également d’un dispositif soutenant financièrement des expérimentations et des technologies innovantes en lien avec la mobilité durable.
A un niveau plus stratégique, et en vue d’éventuellement réorienter certaines politiques régionales pour optimiser leur efficacité carbone, je pilote une étude économique originale qui cherche à classer les mesures d’atténuation des transports selon leur coût d’abattement (euros dépensés par tonne de CO2 évitée).
Enfin, parce que la dérive climatique est irrémédiable, l’atténuation doit absolument être mise en synergie avec des politiques d’adaptation. Je travaille ainsi à structurer la démarche de la Région sur l’adaptation du système de transport régional aux impacts du changement climatique.

A&T : Comment définirais-tu la notion de « transitions » ? A quoi s’appliquent-elles dans ton activité ?

Thibaut La notion de « transitions » est large. Je la définirais pour ma part comme le processus conduisant notre système économique et productif actuel, caractérisé par la consommation de très grandes quantités de ressources et l'émission de nombreux extrants(3) ayant des impacts sur les écosystèmes, vers un système beaucoup plus sobre et donc plus durable. Certains préfèrent parler de « révolution », non pas au sens politique du terme, mais pour mettre en avant la nécessité d’un changement en profondeur de nos sociétés humaines, dans des proportions similaires à ce qu’elles ont connu lors des révolutions agricole puis industrielle. Penser et agir pour les transitions nécessite donc de réinvestir le temps long dans la construction des politiques publiques, en faisant de l’avenir la question du présent.
J’essaie d’agir, à mon échelle, en gardant constamment à l’esprit l’ampleur des changements nécessaires à la réussite de la transition écologique et l’impact sur le long terme des transformations que nous impulsons aujourd’hui.

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(1) plan climat air énergie territorial
(2) autorité organisatrice de la mobilité
(3) Produit ou service direct découlant des activités d'une organisation, d'une politique, d'un programme ou d'un projet.

Retrouvez l'ensemble du témoignage dans le fichier joint en annexe.

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