LE PORTRAIT DU JEUDI | Renaud MOREL ING 2001 Directeur de l'aménagement, des programmes et des mobilités, Groupe ADP

Published on January 19, 2023

 LE PORTRAIT DU JEUDI  

« Décarboner les transports »

 

Nouvel article pour aujourd'hui avec Renaud MOREL diplômé de l'ENTPE en 2001, actuellement Directeur de l'aménagement, des programmes et des mobilités, Groupe ADP

Aménagement & Territoires : Bonjour Renaud, tu t’intéresses aujourd’hui à la mobilité, à quand remonte cette « passion » ?
Renaud Morel : J’ai toujours eu un vif intérêt pour la question des politiques publiques et de l'évaluation de leur efficacité d’où l’envie de faire un double diplôme en sortie de TPE.
En particulier, j’avais envie d’explorer la question des transports et de la mobilité dans les quartiers en déprise et c’est comme ça que je me suis inscrit en DEA de Sciences Politiques. J’ai pu travailler sur les violences dans les transports collectifs et sur le sentiment d’insécurité chez les conducteurs de bus… un sujet pas tout à fait obsolète aujourd’hui.

A&T : Peux-tu nous décrire rapidement ton parcours professionnel, à partir de ta sortie des bancs de l'École ?
Renaud :
J’ai démarré après mon DEA à la Direction des Routes, et plus précisément au bureau des opérations de rase campagne (opérations interurbaines). Je devais soumettre au conseil d’Etat les projets de décrets visant à juger de l’utilité publique de projets routiers ou autoroutiers. Je suis ensuite parti à la DIR Centre Est à leur création, comme chef de district à Lyon. Le management était central dans ce deuxième poste. J’ai ensuite passé le concours des Ponts en 2011, j’ai effectué mon stage chez RFF sur le noeud ferroviaire lyonnais et le pôle d’échanges de la Part Dieu sujet ou la problématique de l’intermodalité était centrale.
Ensuite, j’ai animé et piloté la création d’une communauté métier du domaine du bâtiment, tout d'abord au Certu puis au Cerema à sa création.
J’ai ensuite fait le choix d'occuper deux postes de conseiller de préfets de région en Auvergne Rhône-Alpes et en Île-de-France, sur les domaines de l'environnement puis des transports et de l'aménagementet et je suis aujourd’hui chez Aéroport de Paris (ADP).

A&T : Tu as eu un parcours très diversifié, et a pu toucher à différents enjeux autour de la mobilité. Comment as-tu construit celui-ci ? De quelle façon chacun de ces postes a permis d’éclairer la problématique des mobilités et développer ton expertise sur le sujet ?
Renaud
: Mon premier poste à la Direction des Routes m’a permis de saisir le poids du politique dans la décision technique mais également de mieux appréhender les liens étroits entre une politique de mobilité et celle de l'aménagement du territoire. En effet, les politiques de transport, de mobilité et d'intermodalité participent structurellement à l'aménagement du territoire, à son développement, à ses capacités de ré-industrialisation d'un territoire, à sa renaissance comme à son isolement. Une politique d'aménagement du territoire c'est ça et le Grand Paris Express en est le symbole.
Au sein de la DIR, j'ai eu la chance de vivre l'âge d'or des services routiers de l’État avec une politique nationale ambitieuse, des collectivités territoriales étroitement associées et des moyens dédiés sans équivalent, avec un enjeu fort de régénération du réseau, de renouvellement du matériel, une nouvelle ambition, et une ultra compétence des services de l’Etat : c’était passionnant, et nous avions les moyens de notre action. J’ai aussi découvert la concertation, c’est le moment où l’Etat a commencé à co-construire avec une politique locale de mobilité en lien étroit avec les collectivités qui se voyaient transférées de nouvelles compétences notamment avec la propriété et la gestion de certaines voies rapides urbaines (la métropole de Lyon, le département du Rhône), ou encore avec les concessionnaires des autoroutes. Les enjeux de mobilité sont systémiques et se conçoivent en intégrant toutes les parties prenantes.
Après le concours des Ponts, j’ai quitté le monde de la route pour découvrir les autres mobilités qu'elles soient fluviales, ferroviaires ou aériennes : j’ai découvert les enjeux de multimodalité, cela a changé mon prisme sur la façon de voir les territoires et leurs rapports aux infrastructures de mobilité : J’étais un ingénieur constructeur et routier, et ce stage a ouvert mes chakras sur ces enjeux plus systémiques, plus complexes.
Au sein du Certu/Cerema j’ai vraiment pris la mesure de l’intérêt fondamental de conserver un réseau scientifique et technique puissant et qui soit au service des collectivités territoriales : certaines trop petites, n’auront jamais en interne les compétences techniques nécessaires pour décider et mettre en oeuvre une politique vertueuse d'aménagement du territoire. Le Cerema dipose des moyens et de toute la chaîne de production de la connaissance depuis la recherche appliquée jusqu’à sa vulgarisation et le transfert de compétences/formation pour outiller et accompagner toutes les collectivités territoriales.
En tant que conseiller de préfets j’ai ensuite eu la chance de rejoindre la préfecture de la région d’Ile-de-France et d'accompagner quelque temps ce projet national qu'est la construction du Grand Paris Express avec un vrai espoir d’amélioration de la desserte des territoires laissés en déprise comme le Val d’Oise et de construction d'un véritable territoire métropolitain qui s’affranchisse des frontières administratives.

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